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Livraison verte et décarbonation de la logistique ecommerce, du discours aux actions concrètes chez les grands ecommerçants

Livraison verte et décarbonation de la logistique ecommerce, du discours aux actions concrètes chez les grands ecommerçants

Livraison verte et décarbonation de la logistique ecommerce, du discours aux actions concrètes chez les grands ecommerçants

En matière de “livraison verte”, les grands e-commerçants ont longtemps excellé dans l’art du storytelling : engagements ambitieux, promesses de neutralité carbone, cartons recyclables mis en avant sur les pages RSE… Mais entre la photo dans le rapport annuel et la réalité opérationnelle sur les quais, l’écart reste souvent important.

La pression réglementaire (CSRD, directive européenne sur le reporting de durabilité, loi Climat et résilience, ZFE-m) et la hausse du coût de l’énergie accélèrent toutefois le passage à l’action. Résultat : la décarbonation de la logistique e-commerce n’est plus un “nice to have”, mais un chantier business prioritaire, avec des impacts directs sur les coûts, l’expérience client et l’organisation interne.

Pourquoi la livraison verte devient (vraiment) un sujet business

Le premier moteur reste réglementaire. Avec la CSRD, les grands groupes et, par ricochet, leurs partenaires logistiques devront publier des données extra-financières détaillées, dont les émissions liées au transport. Le Scope 3 (émissions indirectes de la chaîne de valeur) représente déjà jusqu’à 80-90 % de l’empreinte carbone pour de nombreux retailers, la logistique étant un poste clé.

Côté marché :

En parallèle, la demande client se structure. Non, les consommateurs ne sont pas prêts à tout sacrifier pour une livraison écolo… mais :

La question n’est donc plus “faut-il investir dans la livraison verte ?”, mais “comment le faire sans exploser les coûts et dégrader la promesse client ?”.

Ce que font concrètement les grands e-commerçants (au-delà des slogans)

Plusieurs grands acteurs ont déjà structuré des plans de décarbonation logistique avec des objectifs chiffrés et des investissements lourds. Quelques tendances se dégagent.

1. Généralisation du calcul d’empreinte carbone par commande

Sans mesure, pas d’action. Les grands marchands intègrent désormais des calculateurs d’empreinte carbone dans leur SI logistique :

Objectif : être capable de comparer, pour une même commande, l’impact d’une livraison express à domicile vs. un retrait en point relais vs. un retrait magasin, puis arbitrer en connaissance de cause.

2. Massification et mutualisation des flux

La décarbonation passe souvent par… moins de trajets à moitié vides. Concrètement :

3. Électrification et diversification des flottes du dernier km

Le “camion diesel 12 m3” n’est plus l’unique standard :

La limite reste économique : l’électrique est plus vertueux mais nécessite un taux de remplissage et une productivité élevés pour rester rentable. Les plus gros e-commerçants négocient des accords cadres avec des transporteurs capables d’industrialiser ces dispositifs sur plusieurs villes.

4. Réduction et réutilisation des emballages

Longtemps traité comme un sujet “marketing”, l’emballage devient un vrai levier carbone et coût :

Les premiers retours montrent une réduction de 30 à 80 % du volume de déchets pour les programmes bien conçus, mais aussi une complexité de gestion (taux de retour des emballages, coûts logistiques inverses, intégration SI).

5. Mise en avant d’options de livraison plus sobres sur le front

C’est un point clé : la décarbonation se joue aussi dans l’UI/UX du checkout. Les grands marchands :

Résultat : sans forcer, une part significative des commandes bascule vers des modes plus sobres. Certains marchands observent jusqu’à 10 à 20 points de report vers le point relais ou le retrait magasin lorsque l’option est mise en avant et mieux expliquée.

Les erreurs fréquentes à éviter dans un plan de livraison verte

Beaucoup de programmes de “logistique durable” patinent, non par manque de bonne volonté, mais pour des raisons très opérationnelles. Quelques écueils récurrents :

Comment structurer un plan de décarbonation logistique e-commerce crédible

Pour passer du “discours RSE” aux résultats tangibles, les grands e-commerçants les plus avancés suivent souvent un schéma en trois temps.

1. Cartographier l’existant avec des données fiabilisées

L’objectif n’est pas d’obtenir un chiffre parfait, mais un diagnostic suffisamment précis pour orienter les priorités. À cette étape, il s’agit de :

2. Définir des objectifs chiffrés, par axe d’action

Les objectifs les plus efficaces sont spécifiques et reliés à des indicateurs business :

Ces objectifs doivent être partagés avec les transporteurs partenaires via des clauses contractuelles, bonus-malus ou objectifs communs de réduction.

3. Déployer un plan d’actions opérationnel et itératif

Plutôt que de viser la “grande transformation” d’un coup, les retailers les plus efficaces travaillent par chantiers ciblés, testés puis industrialisés :

La clé : mesurer systématiquement les résultats (émissions, coûts, satisfaction client, délais, taux de réclamation) pour arbitrer en mode test & learn.

Checklist opérationnelle pour passer à l’action dès cette année

Pour un directeur e-commerce, logistique ou supply, voici une checklist pragmatique pour structurer un premier plan en interne :

Livraison verte : un levier de différenciation, pas seulement un coût

Si la logistique bas carbone a longtemps été perçue comme un surcoût, les retours des grands e-commerçants engagés montrent un tableau plus nuancé.

Côté coûts, plusieurs leviers viennent compenser les investissements :

Côté business, la livraison verte devient un argument différenciant :

Finalement, la question n’est plus de savoir si la livraison verte est rentable “en soi”, mais comment l’intégrer dans une stratégie globale d’optimisation logistique et de positionnement de marque.

Les grands e-commerçants qui prennent une longueur d’avance sur la décarbonation de leur logistique gagnent non seulement en conformité réglementaire, mais aussi en résilience opérationnelle et en préférence de marque. À l’inverse, ceux qui restent au stade du slogan risquent de voir leur promesse “livraison rapide et pas chère” se heurter de plus en plus violemment aux réalités économiques et environnementales des prochaines années.

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