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Le quick commerce face au besoin de rentabilité, quelles leçons pour les ecommerçants traditionnels à moyen terme

Le quick commerce face au besoin de rentabilité, quelles leçons pour les ecommerçants traditionnels à moyen terme

Le quick commerce face au besoin de rentabilité, quelles leçons pour les ecommerçants traditionnels à moyen terme

Livrer des courses en 10 minutes a longtemps été présenté comme l’eldorado du digital retail. En 2021, le quick commerce attirait des milliards, ouvrait des dark stores à chaque coin de rue et promettait de « réinventer » l’e-commerce. Trois ans plus tard, la réalité est beaucoup plus prosaïque : faillites, fusions, retrait de certains marchés, restructurations massives. Le modèle n’est pas mort, mais il a dû se confronter à une donnée que les e-commerçants « traditionnels » connaissent bien : la rentabilité.

Au-delà du buzz, le quick commerce a servi de laboratoire à ciel ouvert. Et c’est précisément là que cela devient intéressant pour les e-commerçants classiques : que peut-on apprendre de cette expérience accélérée, pour les 2 à 3 prochaines années ?

Ce que le quick commerce nous a appris (à la dure)

Avant de tirer des enseignements, il faut rappeler ce qu’était – et est encore, dans une version plus mature – le quick commerce.

Le modèle repose sur trois promesses fortes :

Pour tenir cette promesse, les acteurs ont massivement investi dans :

Résultat : une croissance de GMV fulgurante… mais avec des pertes unitaires importantes. Selon plusieurs analyses d’investisseurs entre 2021 et 2023, le coût réel d’une livraison urbaine express oscillait souvent entre 6 et 10 € pour un panier moyen autour de 20 à 30 €, même avec un dark store optimisé.

Les acteurs ont donc fait face à un mur très concret : plus on livre, plus on perd d’argent, si rien n’est optimisé dans le modèle. C’est là que les choses deviennent intéressantes pour les e-commerçants traditionnels.

Un modèle sous pression : où ça coince vraiment ?

La plupart des difficultés rencontrées par le quick commerce sont en réalité des problématiques que l’e-commerce connaît déjà… mais poussées à l’extrême.

1. Unité économique fragilisée par le dernier kilomètre

Dans le quick commerce, le dernier kilomètre n’est plus une ligne de coût parmi d’autres : c’est le centre du modèle. Là où un e-commerçant classique livre en J+1 ou J+2 via transporteurs mutualisés, le quick commerce gère :

Si le volume n’est pas suffisant dans chaque micro-zone pour lisser les coûts, l’économie unitaire explose. C’est exactement ce qui s’est produit dans de nombreuses villes : des dark stores ouverts trop vite, surdimensionnés par rapport à la demande réelle.

2. Dépendance aux promotions et à l’acquisition payante

De nombreux acteurs ont « acheté » leur croissance à grands renforts de :

Conséquence : une base clients composée en grande partie d’utilisateurs opportunistes, très peu fidèles et hautement sensibles aux prix. Dès que les promos se réduisent, le volume recule, fragilisant encore davantage la rentabilité.

3. Régulation et acceptabilité urbaine

Dark stores assimilés à des entrepôts, nuisances dans les quartiers, flux de livreurs… Plusieurs villes (Paris, Amsterdam, etc.) ont resserré la vis règlementaire. Certains entrepôts ont dû fermer ou se déplacer, augmentant les coûts logistiques et réduisant la couverture.

4. Complexité opérationnelle sous-estimée

Livrer vite ne suffit pas : il faut également livrer juste (taux de rupture, substitution acceptable, température contrôlée pour le frais…). Le quick commerce a dû :

Ce niveau de finesse opérationnelle a un coût. Il nécessite des outils, des process, des équipes expérimentées. Beaucoup de jeunes acteurs ont dû apprendre en marchant… en brûlant du cash.

Trois enseignements clés pour les e-commerçants « classiques »

Le quick commerce a, en quelque sorte, joué le rôle de crash-test grandeur nature. Voici trois enseignements concrets à intégrer dans une stratégie e-commerce « traditionnelle » à horizon 2-3 ans.

Rendre le dernier kilomètre enfin pilotable (et rentable)

En poussant la logique du dernier kilomètre à l’extrême, le quick commerce a accéléré la montée en maturité sur plusieurs leviers que les e-commerçants classiques peuvent – et doivent – reprendre.

1. Segmenter les promesses de livraison

Le quick commerce a montré qu’une promesse unique (tout, tout de suite) est intenable économiquement. Pour un site marchand, la traduction est simple :

Concrètement, cela implique d’intégrer des règles métiers dans votre moteur de livraison : tout le monde ne doit pas avoir accès à toutes les options, tout le temps.

2. Tarifer la livraison en fonction de la réalité des coûts

Une leçon évidente du quick commerce : la livraison express « gratuite » ne l’est jamais. Les acteurs qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont :

Pour un e-commerçant « classique », cela peut se traduire par :

L’enjeu : arrêter de lisser les coûts sur toute la base clients et faire payer l’ultra-convenience à ceux qui en tirent vraiment de la valeur.

3. Mutualiser la logistique urbaine

Le quick commerce a démontré que l’urbain dense peut être rentable… à condition d’atteindre un volume critique sur chaque micro-zone. Or, beaucoup de marchands manquent de volume seul mais pourraient :

À moyen terme, la tendance va clairement vers des réseaux partagés plutôt que des infrastructures 100 % propriétaires, sauf pour les très gros acteurs.

Repenser l’assortiment et la valeur perçue

Le quick commerce a obligé les enseignes à se poser une question simple : de quoi le client a-t-il réellement besoin maintenant ? Et pour quoi est-il prêt à payer une surcote de service ?

1. Construire un assortiment « mission-based »

Les meilleurs dark stores ne raisonnent pas en catégories (épicerie, boissons, frais), mais en missions clients :

Pour un e-commerçant généraliste, c’est une approche inspirante. Quelques pistes :

La rentabilité passe par cette spécialisation : tout ne mérite pas d’être éligible à toutes les promesses de service.

2. Soigner la marge mixte sur les paniers express

Une autre leçon du quick commerce : quand on paie pour la vitesse, on tolère mieux certaines marges – si la valeur perçue est là.

Les acteurs qui s’en sortent le mieux ont :

Transposé à un e-commerçant :

L’objectif : chaque option de livraison express doit être pilotée comme un P&L à part entière, avec une stratégie d’assortiment dédiée.

Industrialiser le pilotage de la rentabilité

Le quick commerce a montré les limites d’un pilotage uniquement basé sur la croissance de GMV ou de nombre de commandes. Ceux qui ont survécu ont opéré un pivot vers un pilotage beaucoup plus fin.

1. Passer du suivi macro au suivi micro (par zone, par créneau, par promesse)

Les acteurs les plus avancés pilotent désormais :

Ce niveau de granularité permet des décisions comme :

Pour un site e-commerce, cela implique de connecter :

Avec, idéalement, un tableau de bord unifié qui permet de piloter la contribution nette par segment.

2. Remettre la rentabilité au centre des décisions marketing

Dans beaucoup de structures, marketing et logistique travaillent encore en silos. Le quick commerce, par nécessité, a forcé un rapprochement : chaque promo, chaque réduction de frais de port, chaque extension de zone devait être arbitré au regard de la rentabilité opérationnelle.

Pour un e-commerçant traditionnel, quelques bonnes pratiques inspirées de ce retour terrain :

3. Investir dans l’automatisation là où elle crée vraiment de la valeur

Le quick commerce a aussi été un terrain de jeu pour :

Pour les e-commerçants, la leçon est moins « robotisez tout » que : priorisez les automatisations qui améliorent la marge unitaire :

Et maintenant, que faire à horizon 2-3 ans ?

Le quick commerce, dans sa version « argent magique et livraison à perte », appartient largement au passé. En revanche, ses acquis influencent déjà les attentes clients en e-commerce :

Pour un e-commerçant traditionnel, les prochaines années vont se jouer moins sur la course à l’ultra-rapidité que sur la capacité à :

Le quick commerce a montré une chose : l’hyper-convenience n’est pas gratuite. Mais bien utilisée, elle peut devenir un puissant levier d’upsell, de fidélisation et de différenciation. À condition de ne plus la penser comme un gadget marketing, mais comme une offre à part entière, conçue et pilotée avec le même niveau d’exigence qu’un nouveau canal de vente.

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